07 mars 2007
Nouveau disque de Ann Heymann
Ann Heymann – Cláirseach / Gaelic Harp : Cruit go nÓr – Harp of Gold - Harpe d'Or
CMCD 0706, 2006 www.clairseach.com
Au Moyen-Age, les harpeurs du continent jouaient majoritairement sur des petites harpes légères et très transportables, que l’on appelle généralement “harpe romane” ou harpe “gothique”. Les Celtes des îles, les Irlandais et les Ecossais tout du moins, possédaient un autre type d’instrument : une harpe qui restait petite, il est vrai, mais qui était lourde et robuste. Elle avait une caisse solide, creusée dans le saule et possédait une trentaine de cordes en métal. Depuis des années, l’incontournable spécialiste de cet instrument est l’Américaine Ann Heymann. Je me permets de faire connaître son disque le plus récent, qui est sorti juste avant Noël, car c’est une perle qui risque de passer quasiment inaperçu en Europe, même auprès des harpistes jouant de harpe celtique.
Ca fait quelques années que Ann a prouvé que l’utilisation des cordes en métal précieux est historique, tout du moins quant aux cordes les plus graves. Elle travaille avec un orfèvre qui a fabriqué des cordes en or et en argent. En outre, elle a fait développer des cordes en bronze historique pour les aigus, car le bronze phosphore que les luthiers proposent souvent, n’est pas historique.
Le dernier disque de Ann est vraiment magnifique et est l’œuvre d’un artiste accompli, le fruit d’un travail mûri. Pour la première fois, sa copie de la harpe dite « Brian Boru », exposée au Trinity College à Dublin est cordée de façon historiquement correcte. C’est la première fois également qu’elle propose exclusivement de la musique de l’époque où la cláirseach fleurissait, il y a des pièces médiévales et de la musique de la Renaissance. Elle s’est fait entourer de quelques musiciens de renom pour parfaire l’ambiance Renaissance : Ronn McFarlane au luth, Julie Elhard à la vielle et la viola da gamba et Laura MacKenzie à la flûte ancienne. De plus, le mari de Ann, Charlie Heymann, joue de la percussion et chante surtout en vieil-irlandais ! Le répertoire comprend des morceaux que les moines irlandais ont dû jouer ainsi que des pièces que les harpeurs ont fait sonner dans les palais des chefs gaéliques, jusqu’à de la musique de cour « anglaise ». Les sources varient de la mythologie celtique jusqu’aux manuscrits du XVIIIe siècle. Une perle à ne pas rater. On aurait pu - sans scrupules - intituler ce disque « Renaissance de la Cláirseach ». Pour ceux qui voudraient voir et entendre ce genre de harpe en vrai, je donne les rendez-vous : Ann passe en Allemagne cet été (voir son site web www.clairseach.com) et moi-même également, je présenterai une cláirseach cet été, aux cordes en or, en argent et en bronze historique, au festival de la harpe celtique à Dinan (plus de renseignements sur mon site www.harpe.canalblog.com)
Dimitri Boekhoorn